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samedi 17 juin 2017

Orages de la fin mai 2017 : de la difficulté de la prévision locale

La fin du mois de mai 2017 a été marquée par une chaleur inhabituelle à cette période de l'année. Elle s'est accompagnée de manifestations que l'on pourrait qualifier de cas d'école d'orages locaux mais particulièrement actifs. Cet épisode nous permet de développer un peu de pédagogie mais aussi de montrer comment Info Meteo s'est "époumonné" à tenter d'anticiper et de suivre ces orages sur le terrain. Il s'agit ici de bien comprendre à quel point l'orage local peut-être particulièrement sournois, et surtout provoquer l'interrogation d'une partie de la population. Celle-ci, après avoir pris connaissance du risque orageux par la météo, reste interrogative lorsqu'elle ne connait finalement pas la moindre manifestation orageuse, à part les cumulonimbus lointains qui attirent l'attention de la personne avertie.
 
Outre l'évolution de la situation, nous synthétisons ici les échanges entre les membres d'Info Meteo et de Belgorage qui ont été particulièrement riches au cours de cet épisode orageux. Nous avons volontairement mis certains éléments clés en gras, ceux-ci expliquant le comportement des orages observés.


27 mai - Jour 1
 
Le soleil se lève sur une Belgique sans pratiquement aucun nuage, et fait rapidement grimper le mercure. Pourtant, comme montré par la carte ci-dessous, les perturbations ne sont pas loin. Une ligne de convergence des vents (plume rouge) est déjà présente sur l'ouest de la Belgique et va traverser le pays dans l'après-midi et en début de soirée. Par contre, la dynamique en altitude est particulièrement faible, défavorisant la structuration des orages qui apparaîtraient.

Analyse de surface du 27 mai 2017 à 14h00 (source: KNMI).

Info Meteo, bien au courant du risque orageux, a émis en matinée un avis de niveau B pour toutes les régions, en parlant bien du caractère local des manifestations attendues.

 Avis lancé par Info Meteo au matin du 27 mai.

L'avis débute donc à 14h00. Pourtant, vers 10h30 déjà, l'auteur de cet article, en route pour Sedan, aperçoit depuis les environs de Bouillon une série de nuages cumuliformes à l'horizon ouest-nord-ouest. Isolés dans le ciel bleu, ils forment une ligne de cumulonimbus qu'il pense être sur le Hainaut. Les radars confirment bien la présence d'une ligne orageuse, mais en réalité sur la région de Calais et de Dunkerque. Contraignant car les modèles n'ont pas perçu cette première dégradation orageuse précoce. Toutefois, la montée du soleil contribue à assécher progressivement la masse d'air dans les basses couches, entraînant la déglingue de cette ligne somme toute assez faible à la frontière belgo-française peu après midi. Ainsi, la ligne de convergence, aidée par l'humidité de la Manche, a réussi à générer une première série d'orages totalement imprévus.

Au fil des heures, ladite convergence progresse en direction de l'est, et arrive en fin d'après-midi sur la Hesbaye. A cet endroit, la chaleur accumulée dans les basses couches rend l'air suffisamment instable pour initier un orage particulièrement actif sur la région de Gembloux. Ce foyer, peu mobile, n'en est pas moins costaud, adoptant même temporairement les caractéristiques d'une supercellule. Des chutes de grêle sont observées sur un territoire restreint.

L'orage sévissant sur la région de Gembloux en tout début de soirée (auteur: Belgorage).

Par la suite, en milieu de soirée, un second orage apparaît sur la région de Huy et devient très électrique, lui aussi accompagné localement de grêle et de fortes rafales de vent. Ce deuxième orage, plus mobile que le premier, adopte cependant un déplacement complètement erratique. Semblant d'abord aller vers l'est, voire le sud-est, il finit par monter au nord-nord-est, en direction de Waremme. Depuis Sedan, profitant d'une vue très dégagée vers le nord, nous sommes en mesure d'observer cet orage alors situé à une centaine de kilomètres, qui semble rester stationnaire sur l'horizon avec, à la fin, le spectacle de quelques éclairs jaillissant des cumulonimbus pour se perdre dans le ciel crépusculaire.

Situation à 21h10, avec l'orage bien actif sévissant sur la région de Huy.

En réalité, le mouvement de ce second orage est peu ou prou déterminé par les vents aux différentes altitude, la dynamique étant particulièrement faible. C'est plutôt le caractère multicellulaire de l'orage qui lui confère son mouvement apparent. En réalité, il s'agit de cellules orageuses nées sur les bords de la cellule initiale qui ont pris le relais tandis que la première s'effondrait, d'abord à l'est, puis au nord-nord-est. En soi, l'orage ne bouge donc pas réellement par son mouvement propre, mais plutôt par "clonage" de ses cellules. Un tel comportement est difficile à anticiper, compliquant le suivi. Nous verrons que ce n'est pas le seul foyer à avoir adopté cette caractéristique en cette fin mai.

Pour l'anecdote, d'autres orages ont éclaté sur les régions de Bruxelles et de Beaumont, mais ont été moins intenses que les deux premiers.

Avec la tombée du jour, la température des basses couches a entamé sa descente traditionnelle, diminuant de facto l'instabilité. Comme la dynamique en altitude et les forçages étaient trop faibles pour prendre le relais, l'activité orageuse a rapidement décliné, et après 23h00, plus aucun éclair n'était détecté par les radars.

Les accumulations d'impacts montrent clairement le caractère local mais costaud de ces orages à déplacement très lent. Les orages du matin (en rouge) étaient par contre plus mobiles.

Activité électrique observée durant la journée du 27 mai (source: Lightningmaps).

Pour cette première journée, on peut dire honnêtement que les prévisions ont été quelque peu à la peine. Les premiers orages ont éclaté plus tôt qu'attendus, et il y avait largement la place pour un avis de niveau C.

28 mai - Jour 2

L'analyse de surface à 2h00 montre la présence d'un petit secteur chaud sur nos régions, avec un front froid en travers du nord-ouest de la Belgique. L'ensemble est pratiquement immobile depuis la veille au soir, et le sera encore jusqu'en matinée de ce 28 mai.

 Analyse de surface du 28 mai 2017 à 2h00 (source: KNMI).

L'aube accouche de la deuxième grosse surprise de cette période: des orages naissent avec le lever du soleil, sur le Tournaisis, la Haute Sambre, ainsi que sur le sud de la province de Namur. Entre Ciney et Rochefort, on observe ainsi un orage particulièrement électrique. L'auteur, toujours à Sedan et réveillé très tôt en ce samedi matin par un air déjà bien moite, repère sans peine certains des cumulonimbus se détachant dans le ciel clair. Un avis de niveau B est immédiatement émis.

Situation vers 6h45.

Par la suite, les orages continuent sur la région de Rochefort, tandis qu'un foyer très actif naît au sud-ouest de Liège et déverse de la grêle sur Seraing peu avant 8h00 (grêlons de 1 à 2 cm), avant de gagner le pays de Herve. A l'instar de la veille, toute activité orageuse finit par disparaître en milieu de matinée, à cause de l'assèchement de l'air dans les basses couches.

Situation aux alentours de 9h00.

Par contre, la raison du développement de ces orages reste quelque peu mystérieuse, et voit probablement s'entremêler une série de facteurs. A grande échelle, le petit secteur chaud a probablement amené de l'air plus chaud entre 500 et 2000 mètres d'altitude en cours de nuit, comme le laissent suggérer les sondages atmosphériques. Par contre, l'air des couches moyennes semble s'être quelque peu refroidi et humidifié dans le même intervalle, augmentant de facto l'instabilité. Entre le sol et 500 mètres, l'air s'est également humidifié en cours de nuit, à la fois de façon nocturne normale, mais aussi à la faveur des orages de la veille au soir dont l'humidité a stagné sur nos régions dans un faible flux d'est à nord-est. Immédiatement au-dessus, le flux était de sud-ouest à ouest, donnant ainsi des cisaillements de vent particulièrement prononcés et connus pour intensifier les orages. Le lever du soleil a peut-être amené un peu de chaleur dans les basses couches, suffisante pour réellement déstabiliser l'atmosphère ça et là. A cela s'ajoute sans doute des convergences locales des vents au niveau du sol, qui ont pu forcer l'air à s'élever. Enfin signalons qu'un pseudofront (voir plus loin) se dessinera plus tard en journée près de l'axe où les orages matinaux ont éclaté. Cependant, il semble difficile de dire si cette structure était déjà présente au petit matin, et surtout si elle a un quelconque lien avec nos orages de la première heure. Bref, toute une série d'éléments sans qu'on puisse déterminer lesquels ont réellement joué.

Entretemps, l'avis a été élevé au niveau C pour toutes les régions, à la fois pour ces orages matinaux inattendus, mais aussi en raison de risque orageux pressenti pour l'après-midi.

 Avis lancé par Info Meteo au matin du 28 mai.

L'après-midi, un seul mais puissant orage multicellulaire se développe sur l'est de la province de Liège, concernant notamment la région de Malmedy où de la grêle est observée en abondance. Une nouvelle fois, l'ensemble reste relativement peu mobile, se mouvant davantage par clonage de cellules que par son mouvement propre. Cet orage est observé à distance par l'auteur tout au long de son retour depuis Sedan vers Liège, par la E25.

L'orage actif sur l'est de la Belgique dans l'après-midi du 28 ami (source: IRM).

L'analyse des observations météorologiques semble aller en faveur d'une liaison de cet orage avec un pseudofront sur le massif ardennais, séparant des vents de basse couche de sud sur la Lorraine belge (où les températures dépassent 30°C) et des vents de nord à est sur le centre de la Belgique (températures maximales inférieures à 30°C). Les orages ont de plus sans doute été supportés par la chaleur bien présente en basse couche et les cisaillements de vent présents (déjà évoqués plus haut). Ce pseudofront peut-être considéré comme une ligne de convergence séparant des masses d'air en basse couche aux températures et humidités différentes. Cette structure se délitera en fin d'après-midi, dans le même timing que la dissolution de l'orage qui concernait alors l'est de la Belgique.


Vents en surface vers 14h00. Le tireté blanc, rajouté sur la carte par un membre de Belgorage, matérialise la position estimée du pseudofront à cette heure.


En soirée, les modèles entrevoient cette fois particulièrement bien le déplacement d'un MCS (système orageux de grande étendue) depuis la Bretagne jusqu'à l'ouest des Pays-Bas. Plusieurs heures avant son arrivée, un nouvel avis de niveau C est émis pour le nord-ouest de nos régions.


Avis émis par Info Meteo en soirée du 28 mai.

Si ce deuxième avis s'est révélé plutôt exact, on notera une moindre fiabilité du premier, émis au matin dans l'urgence et jonglant avec une situation très compliquée. 

La carte des accumulations d'impacts pour ce jour montre à nouveau les caractéristiques d'orages locaux mais parfois forts, qui ont eu cependant tendance à davantage se mouvoir en matinée (en rouge). En jaune clair est représentée l'activité électrique du MCS de la nuit, en approche du littoral belge.

Activité électrique observée durant la journée du 28 mai (source: Lightningmaps).


29 mai - Jour 3

En cours de nuit, le MCS attendu passe effectivement sur nos côtes. Par la suite, le calme revient, mais la chaleur favorise dans l'après-midi l'émergence de nouveaux orages. Un nouvel avis a donc été émis.


Avis lancé par Info Meteo en début de matinée du 29 mai.

Cet avis se justifie notamment par différentes modélisations qui entrevoient un puissant MCS nous concerner la nuit suivante.

 Sortie du modèle Arome de 6h00, montrant un MCS sur nos régions la nuit suivante (source: Meteociel).

L'analyse de 14h00 montre que le front froid qui traînait la veille sur notre pays s'est éloigné vers le nord en se transformant en front chaud. Nous sommes dès lors dans un large secteur d'air chaud d'origine tropicale dans lequel se développe une première ligne de convergence qui vient toucher le sud de la Belgique. C'est à son niveau que les premiers orages de l'après-midi se développent. 


Analyse de surface du 29 mai 2017 à 14h00 (source: KNMI).

Info Meteo part alors se placer sur les hauteurs de Dinant, qui semble de prime abord bien placées pour recevoir un orage très actif (probablement supercellulaire) se trouvant sur le département des Ardennes. Il se voit d'ailleurs adjoindre, dans les deux heures suivantes, de plusieurs autres orages tout aussi entraînés, mais à durée de vie limitée. 

Activité électrique observée en fin d'après-midi du 29 mai (source: blitzortung).

Et comme les jours précédents, ces orages sont peu mobiles. Ainsi, notre équipe présente près de Dinant voit l'enclume de l'orage français arriver et couvrir une grande partie du ciel, alors que le corps reste quant à lui vissé près de Charleville-Mézières. C'est dire si l'ennui commence à gagner l'équipe qui regarde machinalement un énorme cumulonimbus exploser du côté de l'est de la province de Liège. Un saut jusque Celles pour voir une tentative avortée d'un imposant cumulus n'amène guère plus d'intérêt. Par contre, à l'est, l'énorme orage à la frontière allemande se meut très lentement vers Aachen, constamment réalimenté par l'arrière (ce qui fut souvent observé durant ces trois jours).

Plus tard, nous nous retrouvons sur les hauteurs de Bonsin, au nord de Marche-en-Famenne, où enfin le ronronnement du tonnerre est audible, en provenance d'un bref orage transitant lentement sur la région de Manhay. Du côté de la frontière allemande, le vaste orage est toujours là, et ne semble pas perdre la moindre once d'énergie.

Orage persistant sur l'est de la Belgique, vu depuis Bonsin (auteur: Info Meteo).

Le ciel commence à franchement se remplir de vieilles enclumes de cumulonimbus, et même l'orage près de Manhay finit par rendre l'âme. Seul subsiste l'orage à la frontière allemande, ce qui nous fait dire que la journée va bientôt s'achever. Les radars mentionnent bien la présence d'orages près de Paris, mais ils ne semblent pas réellement se structurer pour le moment, d'autant plus que les dernières modélisations n'entrevoient plus le MCS qu'elles modélisaient dans les sorties précédentes, mais seulement quelques cellules isolées. Les cumulus autour de nous deviennent moribonds, sans doute par manque de chaleur solaire liée au ciel chargé. La dynamique atmosphérique est aux abois, c'est le chant du cygne orageux...

Après avoir redéposé le membre d'Info Meteo qui accompagnait l'auteur de cet article, nous décidons de partir en direction de Charleroi, au cas où les orages franciliens finiraient par prendre de l'ampleur et se diriger vers nous. Pour autant, la conviction ne règne guère. Un arrêt à Spy pour manger un bout nous fait cependant remarquer que le ciel bleu a pris une apparence plus sale, blanchâtre. Les observations météorologiques dans le coin montrent que le vent en surface a tourné au nord-ouest et, aidé par le crépuscule qui s'avance, permet à de l'air un peu plus humide de gagner le Namurois et l'est du Hainaut, alors que ce même air avait manqué d'humidité durant l'après-midi.

De même, l'analyse de surface de 20h00 montre que la première ligne de convergence s'éloigne en Allemagne, mais surtout qu'une autre ligne, un peu moins bien dessinée, approche de la Botte du Hainaut au-devant du front froid devant nous concerner cette nuit.

Analyse de surface du 29 mai 2017 à 20h00 (source: KNMI).

Arrivés dans la région de Charleroi, un coup d'oeil jeté sur les radars nous apprend que les orages quittant l'Ile-de-France battent clairement de l'aile. Vraisemblablement, ils disparaîtront avant d'atteindre la Belgique. Pour autant, nous choisissons d'attendre un peu, la ligne de convergence devant encore arriver.

C'est ainsi qu'au crépuscule, la convection s'enclenche brutalement sur la région de Charleroi. De gros cumulus s'élèvent au-dessus de l'agglomération carolo, et finissent par s'illuminer de l'intérieur. Un nouvel orage est en train de naître. Nous nous positionnons à l'entrée sud-est de Montigny-le-Tilleul où la vue est bien dégagée sur cet orage, qui prend de l'ampleur de minutes en minutes. Il est à peine jeune d'un quart d'heure que déjà, le cumulonimbus s'illumine toutes les 3 à 5 secondes pendant les phases intenses. Par moments, des éclairs jaillissent des bouillonnements nuageux et se perdent dans l'air.

 L'orage né sur Charleroi, en phase d'intensification, vu depuis Montigny-le-Tilleul (auteur: Info Meteo).

Après environ un quart d'heure, l'orage s'éloignant de nous, nous reprenons la route avec l'idée de repasser devant lui. Nous remarquons aussi qu'un deuxième orage est apparu au sud du premier, au-dessus de la vallée de la Basse Sambre.  Sur le R3 près de Soleilmont, nous rencontrons la chaussée trempée par la naissance de l'orage, avant de prendre l'E42 vers Namur. L'arrivée de la nuit nous permet de prendre pleinement conscience de l'importance de l'activité électrique. Le ciel est bas et flashe très fréquemment, à raison d'un éclair toutes les 2 à 3 secondes, non seulement sur la gauche de l'autoroute, mais aussi droit devant, là où le second orage né sur la Sambre croise désormais l'E42.

Situation à 22h20. Le point noir montre notre localisation alors que nous quittons Montigny-le-Tilleul (source: Belgocontrol).

En approchant de Spy, la rencontre avec le second orage se fait de manière brutale. Un déluge accompagné de grêlons de belle taille oblige à ralentir l'allure, alors que le bitume de l'autoroute se couvre de plusieurs centimètres d'eau. 2 km plus loin, la sortie du noyau dur est tout aussi brutale, passant de précipitations diluviennes à une route complètement sèche en quelques centaines de mètres à peine.

Arrivés à l'échangeur de Daussoulx, nous changeons de cap, en remontant la E411 vers Bruxelles. Les deux orages, désormais assemblés en un seul, sont de nouveau sur notre avant gauche, changés en un quasi stroboscope qui continue à délivrer ses éclairs toutes les quelques secondes. Pour autant, la très grande part de l'activité électrique est intranuageuse, sous forme de flashes. Très peu d'éclairs sont visibles. C'est ce type d'activité, indicateur d'un orage très entraîné et grêligène, qui nous fait prendre la décision de sortir de l'autoroute à Upigny. Inmanquablement, l'orage va finir par croiser l'autoroute, et nous préfèrons rester devant lui de manière à pouvoir réagir rapidement si nous devions nous en écarter en cas de trop grand violence.

Nous nous arrêtons à mi-chemin entre la sortie de l'autoroute et Upigny, il est alors 22h45. L'orage s'approche rapidement, apportant les premières gouttes et en maintenant son activité, à savoir intense et intranuageuse. Cela n'empêche pas une énorme chute de foudre, dite positive dans le jargon, de tomber à environ 1,5 km de nous, suivie d'une vive lueur verdâtre près du sol que nous interprétons comme un court-circuit sur une ligne électrique. Le tonnerre qui s'en suit, explosif, confirme la nature de l'éclair, affirmant l'intensité de l'orage qui l'a engendré. Ces orages intenses sont en effet souvent accompagnés d'une forte activité intranuageuse dont la continuité est par moments interrompue par une série de chutes de foudre explosives et positives, que l'on reconnait à la violence de l'éclair, à son épaisseur et au coup de tonnerre sec et bruyant qui s'en suit. D'ailleurs, deux autres chutes de foudre de même nature se produisent alors que nous repartons vers Upigny puis Longchamps, conscients du danger que nous subissions sur notre point de vue dégagé. Contrairement à la croyance populaire, une voiture n'est pas une cage de Faraday parfaite, encore moins face à des éclairs positifs qui peuvent aisément transpercer la carrosserie.

Décharge intranuageuse dans le ciel de la Hesbaye namuroise (auteur: Info Meteo).

Au radar, la structure multicellulaire de l'orage est bien visible, avec la présence de trois noyaux durs. 

 Situation à 22h50, alors que nous sommes passés devant l'orage (point noir) (source: Belgocontrol).

A Longchamps, l'arrêt est court, car déjà la pluie nous rattrape. La lueur des éclairs permet de mettre en évidence la densité du noyau dur de l'orage, et sous lequel nous suspectons la présence de grêle.

 Noyau dur de l'orage illuminé par un éclair intranuageux. Il est entouré par la base du cumulonimbus en haut et sur la droite de la photo (auteur: Info Meteo).

La fuite continue vers l'est, mais progressivement, il devient évident qu'il est difficile de rester éternellement devant cette ligne orageuse. Arrivés à Eghezée, le choix est fait de s'arrêter et de se laisser submerger. L'orage ne faiblit nullement, et comme craint, il y a bien de la grêle sous cette cellule. Des grêlons de 1 à 2 cm commencent à tomber dans un bruit infernal sur la voiture, rapidement abritée sous un arbre. Les chutes de foudre étant rares, le risque de foudroiement de notre arbre protecteur est donc quasi-nul, au contraire de celui d'éclater le parebrise si la grêle se faisait tout à coup plus grosse.

 Situation vers 23h10 (source: Belgocontrol).

Une fois le gros passé, nous repartons vers Bolinne où nous rencontrons de grosses accumulations d'eau, puis faisons route vers le sud-est pour nous éloigner de l'orage qui progresse vers l'est du Brabant wallon. Nous sortons des précipitations après quelques kilomètres, et un point de vue est vite trouvé entre Hambraine et Forville. L'orage tend à faiblir, les éclairs s'espacant progressivement. Nous sommes alors en bordure de l'orage, avec le cumulonimbus illuminé de l'intérieur juste devant et en hauteur, et le ciel étoilé juste derrière nous. Le tonnerre ronronne plus qu'il ne gronde, et le chant des inombrable batraciens du voisinage rend l'ambiance peu commune.

Eclair internuageux (auteur: Info Meteo).

Il est maintenant 23h40, l'orage est désormais très faible, et s'éloigne de plus en plus vers le nord-est.


Eloignement et affaiblissement de l'orage sur l'est du Brabant wallon.

Quelques minutes plus tard, et malgré la persistance d'ascendances cumuliformes sur le flanc du cumulonimbus, l'orage finit par s'éteindre paisiblement, comme si rien ne s'était passé. Le calme est revenu, et aucun autre cumulus semble vouloir se développer autour de nous. Le risque orageux est à présent très faible, et nous reprenons la route vers Liège.

Une nouvelle fois, la carte des accumulations d'impacts de ce 29 mai montre des orages peu mobiles, à l'exception du MCS de la nuit qui s'est déplacé le long des côtes.

Activité électrique observée durant la journée du 29 mai (source: Lightningmaps).
 
Ces trois jours ont donc vu se produire une série d'événements qui illustre parfaitement les prévisions d'un "risque d'orage local mais fort". Certaines localités n'ont pas vu la moindre goutte d'eau, tandis que d'autres ont connu au moins deux orages, notamment du côté de Gembloux ou des Cantons de l'est. Ces épisodes orageux sont également compliqués à prévoir, surtout lorsque la dynamique en altitude fait défaut. Dès lors, une multitude de paramètres locaux ou régionaux entre en piste. Les développements sont alors brutaux et disparates, ce qui n'empêche pas certains orages de se montrer particulièrement forts, comme celui que nous avons observé au nord de Namur ce 29 mai 2017.

Pour clôre, voici une vidéo de cet orage sur la Hesbaye namuroise. Elle permet de se rendre compte de l'activité électrique intense qui animait ces foyers, pendant que nous nous trouvions en-dessous, aux prises avec la grêle.

L'orage du 29 mai au soir vu depuis Amay (auteur: S. Nottebaert).



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